« T’as fait tes temps ? » Cette phrase, tu vas l’entendre environ 200 fois pendant ton premier trimestre en cabinet. Anodine en apparence, elle est à l’origine de plus de tensions dans les cabinets que certains audits de groupes cotés. Et la première fois qu’on te la pose, tu n’as probablement aucune idée précise de ce qu’on attend de toi.
Bonne nouvelle : faire ses temps en audit, ce n’est pas juste une corvée administrative. C’est une compétence pro, un outil de communication avec ton manager, et (soyons honnêtes) le meilleur moyen d’éviter de te faire relancer trois fois par la RH. Ça s’apprend en quelques semaines, à condition de connaître les règles du jeu.

« Faire ses temps », ça veut dire quoi concrètement ?
C’est le fait de renseigner, généralement chaque semaine, le temps que tu as passé sur chaque mission et sur chaque tâche dans l’outil de gestion du cabinet. Concrètement, tu remplis une feuille de temps : une ligne par mission (le client), une sous-ligne par phase ou par cycle (intérim, final, stocks, trésorerie…), et un nombre d’heures par jour. La plupart des cabinets fonctionnent par tranches d’un quart d’heure ou d’une demi-heure.
Tu y trouveras aussi des codes « non facturables » : formation, réunion interne, recrutement, intercontrat (les jours où tu n’es staffé sur rien). Oui, eux aussi se déclarent.
Pourquoi c’est important de bien faire ses temps
- Pour facturer le client : les honoraires sont souvent calculés ou justifiés à partir des heures passées. Sans temps, pas d’encours ; sans encours, pas de facturation ; sans facturation, pas de bonus. Les temps, c’est aussi ce qui évite à ton associé de faire une syncope en réunion de gestion.
- Pour suivre le budget de la mission : ton manager compare en permanence le temps consommé au budget prévu, cycle par cycle. Pour les mandats de commissariat aux comptes, ce budget s’appuie d’ailleurs sur un nombre d’heures de travail indicatif fixé par l’article D821-188 du Code de commerce, selon la taille de l’entité auditée.
- Pour mesurer la rentabilité : des temps bien saisis donnent une vision juste des dossiers rentables, sous-staffés ou mal budgétés. C’est ce que les associés appellent le « taux de réalisation ».
- Pour protéger ton planning : si tu boucles en « 10 h » officielles une mission qui t’en a pris 20 parce que tu n’as rien noté… tu seras replanifié sur dix nouvelles missions. #TrueStory
- Pour toi : ta charge réelle est visible (heures sup comprises), et tu gardes un historique clair de ce que tu as fait, sur quel dossier et en combien de temps. Inestimable au moment de ton auto-évaluation ou quand tu viseras le poste du dessus.
Pourquoi c’est plus stressant que ça n’en a l’air
Parce que tu te retrouves vite tiraillé entre deux réflexes contradictoires : noter le temps réel que tu as passé (même si tu as galéré et que ça a pris trois fois plus longtemps que prévu), ou noter un temps « raisonnable » par peur de paraître lent. Aucune des deux options ne semble satisfaisante, et c’est normal de se sentir perdu là-dessus au début (comme sur pas mal de sujets de ta première saison, d’ailleurs : on en parle dans notre article sur comment concilier vie perso, missions d’audit et mémoire). Spoiler : c’est la première option qui est la bonne, à condition de l’expliquer.
Un exemple concret
Une tâche budgétée à 2 h par le manager (parce que le senior de l’an dernier la faisait en 2 h, avec deux ans d’expérience en plus) peut légitimement te prendre 5 h la première fois. Le bon réflexe n’est pas de noter « 2 h » pour coller au budget, ni de rester silencieux sur le dépassement : c’est de noter « 5 h » et d’ajouter un commentaire court du type « première fois sur ce test, montée en compétence ». Ton manager ajustera le budget pour l’an prochain, et toi, tu n’auras pas menti sur ta charge réelle — ce qui compte aussi pour ton propre suivi RH.
Comment faire ses temps en audit sans y penser
- Bloque 5 minutes en fin de journée. Ça prend moins de temps que de chercher un câble USB-C en salle de réunion. Astuce : une alerte Outlook récurrente à 17h25, pour finir proprement avant de ranger ton PC dans la sacoche et fuir.
- Demande les bons codes dès le premier jour de chaque mission : code client, phase, cycle. Ça évite de tout imputer sur une ligne « divers ».
- Utilise des intitulés clairs. « Client X – cut-off fournisseurs – revue » vaut mieux que « audit », « point » ou « divers ».
- Note au fil de l’eau, même hors connexion : un brouillon, un post-it, n’importe quoi sauf « je verrai à la fin de la semaine » (tu ne verras rien du tout, on te connaît).
- Préviens avant de dépasser : si tu sens qu’une tâche va exploser son budget, dis-le à ton senior pendant la mission, pas après.
- Commente les écarts en une phrase factuelle. Pas besoin de te justifier sur trois paragraphes.
Si tu as zappé toute la semaine, garde le plan B du « vendredi matin » : 15 minutes de rattrapage express pour tout compléter. Pas idéal, mais toujours mieux qu’une relance du directeur.
Bonus : la découpe façon Pomodoro
Si tu perds le fil dès que tu enchaînes les dossiers, découpe ta journée en tranches de 25 minutes avec la technique Pomodoro : tu bosses, tu notes ce que tu viens de faire, tu passes au dossier suivant. Faire ses temps devient un réflexe de fin de tranche, pas une corvée de fin de semaine.
Les pièges classiques du premier trimestre
- Attendre la fin de semaine pour tout remplir d’un coup, de mémoire : tu perds en précision et tu passes un mauvais moment le vendredi soir.
- Sous-déclarer par peur du jugement, ce qui fausse le budget réel de la mission pour tout le monde, y compris pour les années suivantes.
- Ne jamais commenter un dépassement, alors qu’un petit mot aide ton manager à comprendre le contexte sans se poser de questions.
- Oublier les temps non facturables (formation, trajets selon la politique du cabinet, réunions internes) : ton temps de travail réel disparaît des radars.
Et si tu oublies carrément ? Tu recevras une relance. Puis une relance de relance. Puis un message du planning, et enfin la petite pique en réunion d’équipe : « On a encore 8 personnes qui n’ont pas fait leurs temps, je ne citerai pas de noms… ». Tu veux éviter ça ? Fais tes temps. Point.
Ce réflexe de rigueur devient encore plus précieux pendant la période fiscale, quand la charge de travail explose et que le suivi précis de tes temps devient un vrai outil de protection pour toi.
Questions fréquentes
Faut-il noter les pauses dans ses temps ?
Non, seul le temps de travail effectif compte : les pauses (café, déjeuner) ne sont pas à inclure.
Dois-je vraiment noter le temps non facturable ?
Oui. Formations, tâches internes, temps mort entre deux missions : c’est ce qui donne une photo réaliste de ta charge. Un cabinet qui pilote son activité a besoin de voir ce qui ne se facture pas, pas seulement ce qui rapporte.
Que se passe-t-il si je dépasse souvent le budget d’une tâche ?
C’est un signal normal en début de carrière et généralement pas pénalisant en soi. Un budget dépassé est une info précieuse pour la mission suivante, pas une faute à cacher : ton manager peut ajuster ton accompagnement ou revoir un budget irréaliste.
Est-ce que je dois déclarer mes heures supplémentaires ?
Oui. Tes temps sont la trace de ta charge réelle. Les masquer ne rend service à personne : ni à toi, ni au budget de la mission de l’an prochain.
Quand faut-il faire ses temps ?
Pour faire ses temps en audit, la plupart des cabinets demandent une saisie hebdomadaire, avec une date limite (souvent le vendredi soir ou le lundi matin). L’idéal reste de noter chaque jour et de valider en fin de semaine.
En résumé
✅ Fais-le pour ta charge. ✅ Fais-le pour ton planning. ✅ Fais-le pour ton image. ✅ Et surtout : fais-le régulièrement. Chez Le Petit Auditeur, on a décidé de ne plus subir nos temps : on les note, on les assume, on les maîtrise. Et toi, t’as fait les tiens ?
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